Club 89 Touraine

 

 

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Réunion du 16 mars 2006

 

La Liberté Politique  par Monsieur Bruno Lavillate

 

Présentation de Monsieur Lavillatte : Monsieur Lavillatte est né en 1959 à Blois. Il est agrégé de philosophie, Conseiller municipal de Tours et Attaché parlementaire de Philippe Briand député d’Indre et Loire. Maître de Conférences à l’Institut Pétrarque de Milan, il a fait de nombreuses publications tant en Italie qu’en France. En 2006 paraîtront :« Le gaullisme de gauche : la voie du silence » chez Fayard et « Passages » essai sur Michel Audiard sculpteur aux Editions Arrière-Fonds.

 

Ce soir, Bruno Lavillatte est venu nous parler de la liberté politique.

 

*Le concept de Liberté politique

Bruno Lavillatte fait  d'abord remarquer que le concept de Liberté est très évolutif. Il faut ensuite faire la différence entre la Liberté et la Liberté politique. La Liberté est un sentiment qui est parfois très difficile à définir. La Liberté Politique est un sentiment d'un autre ordre.

La Liberté est plutôt de l'ordre de l'intuition ressentie, du fait qu'on ne ressent pas de contrainte extérieure à nous-mêmes, que l'on peut agir sans aucun motif, sans aucune raison extérieure.

La Liberté Politique est autre. C'est l'idée que l'on s'affronte directement avec quelque chose qui est profondément différent de nous.

La Liberté est un sentiment et la Liberté Politique est un sentiment variable vis à vis d'une institution majeure dans laquelle nous nous trouvons et qui est l'Etat. Il est à remarquer d'ailleurs que la Liberté Politique n'est pas la même pour un Grec, au Moyen Age, à la Renaissance, à l'Age classique et de nos jours.

 

La question qui nous est posée est donc: Est-ce qu'il est possible de concilier une autonomie individuelle avec la nécessité de la vie en collectivité?

Par définition, il est clair que la vie sociale implique un certain nombre de contraintes; et on constate que nous avons de plus en plus de mal à accepter ces contraintes.

La question qui est posée, est celle de l'individu face à la société, de l'individu face au groupe, de l'individu face à la collectivité.

On a une définition très simple de la Liberté Politique: c'est le fait d'agir de manière autonome indépendamment de toute contrainte extérieure d'origine collective, sociale ou étatique. Comment peut-on concilier cette autonomie désirée avec la puissance, l'omnipotence de l'Etat? Est-ce que cette indépendance que je revendique est compatible avec la puissance de l'Etat? Est-ce que je ne suis pas laminé par cette puissance de l'Etat? Ou est-ce que cette autonomie particulière ne serait pas un danger pour l'Etat?

 

Deux thèses s'affrontent très fortement, très politiquement.

          1- La thèse qui dit que l'on peut concilier l'Etat avec la Liberté individuelle.

          2- L'autre thèse qui dit le contraire.

 

D'un côté on a les théories du "Contrat" qui viennent de la pensée grecque, et de l'autre toutes les théories de "l'anarchisme" et de ses dérivées qui lui sont liées.

Cette question de la Liberté est politiquement fondée depuis un certain nombre de siècles.

Pour réfléchir à cette question de Liberté Politique nous remonterons des Grecs jusqu'à nos jours pour voir ce que nous, nous avons fait de cette Liberté Politique, puisque nous confondons souvent la Liberté Politique avec l'affirmation d'une volonté, d'un désir total de réaliser son propre Etre, c'est à dire réaliser ses propres désirs au détriment de l'autre, d'autrui, c'est à dire de la collectivité, de l'Etat. Nous sommes confrontés à la question d'une Morale utilitariste. "Puisque cela me satisfait, c'est bien, et puisque c'est bien c’est bon,  et puisque c'est bon, c'est moral."

Comment faisons nous pour concilier cette autonomie, cette revendication d'indépendance, de Liberté Politique face à un Etat tout puissant et qui est, contrairement à ce qu'on peut croire, le garant de nos Libertés?

La Liberté naturelle est un sentiment, une impression.

La Liberté Politique est une chose concrète, de l'ordre du vécu, de l'affirmation de notre position politique vis à vis de l'Etat, de notre faculté à réaliser notre propre détermination , notre propre liberté d'expression, ……liberté de circulation des idées, liberté de la presse……..

 

Il faut savoir que le mot Liberté est un mot qui est repris en 2002 par l'ensemble des candidats aux Présidentielles. Ce n'est pas un hasard. En 2002 cet emploi est très variable. Dans un ouvrage " Les mots de la Politique" , on trouve un recensement des différentes options politiques des candidats, un peu caricaturales mais parlantes car elles renvoient à des systèmes politiques complètement opposés.

 

Pour J.Chirac, en 1976 il déclare: " La liberté s'évanouit et meurt là où l'Etat n'est plus capable d'assurer à tous les citoyens la sécurité dans leur vie quotidienne face aux violences , aux agressions du monde moderne, aux excès des minorités."

Il reprend le même propos en 2002.

 

Noël Mamère, en 2002 parle de valeur de Liberté comme l'expression absolue, comme l'ensemble de tous les désirs émanant de la personne. Pour lui la liberté c'est le fait que je satisfais immédiatement mes désirs, qu'ils sont réalisés et qu'ils affirment ma liberté complète. L'Etat a complètement disparu, et la notion de valeur- au sens de ce qui résiste aux violences extérieures- aussi. Donc c'est une affirmation de ses propres désirs. Il est dans une démarche totalement freudienne. Il veut un monde, un Président de la République qui défend les valeurs de Liberté mais comprise comme une réalisation de « ses » désirs; avec une présence de l'Etat comme garant de « ses » libertés.

 

André Madelin, autre candidat en 2002, veut, lui, plus de libertés. Il pense que les Libertés Politiques sont l'expression de l'individualité absolue et l'affirmation d'un ultralibéralisme fort. C'est à dire que l'individu ne se réalise que dans la démonstration de la totalité de ses capacités, de ses potentialités et donc de ses libertés. Il veut plus de libertés pour permettre aux Français dit-il de se réaliser eux-mêmes. Il a une perspective américaniste et d'inspiration totalement anglo-saxonne. Pour un anglo-saxon, la philosophie utilitariste qui l'inspire est la suivante: je réalise ce qui est bon pour moi, donc ce qui est bien pour moi, donc ce qui est moral. L'Etat n'a rien à voir dans cette question là.

 

Olivier Besencenot revendique le droit fondamental de la Liberté: La liberté d'installation, de circulation (des biens et des personnes). Seule compte l'affirmation du droit fondamental: la Liberté antonyme du pouvoir. Sa théorie est d'origine Trotskiste :" Je suis contre tous les pouvoirs y compris le pouvoir des idées". Certains  revendiquent l'affirmation que l'homme est un être fondamentalement libre . Les idées sont perçues comme étant dangereuses dans cette conception de la Liberté. Deux  mots qui vont changer le monde:" homo liberté". Ils s'opposent à toutes formes de pouvoir, y compris celui de l'abstraction théorique. Ce qui explique le fait qu'un pouvoir communiste d'inspiration Léniniste frappe les milieux intellectuels car ceux-ci sont éminemment dangereux pour eux.

Entre Chirac et Besencenot il y a un choc frontal de doctrine, de philosophie politique.

 

*Evolution  du concept de " Liberté Politique" des Grecs à nos jours:

On a tendance à croire que ce concept remonte à Montesquieu ou à Rousseau. En réalité celui qui pose fondamentalement la question de  Liberté politique, c'est Hérodote[D1]  qui a une conception de la Liberté Politique étonnante. Il ne s'intéresse pas à l'idée mais au constat: Existe-t-il oui ou non des libertés politiques? Si oui, lesquelles et où? Il se place en historien. Hérodote qualifie d'anarchiques les peuples du continent, les opposant aux dociles troupeaux humains de la vie. Il veut dire que la Liberté Politique est fondamentalement différente selon la terre, la géographie, la géostratégie d'un peuple. (Ex: les Grecs du sud sont agités par rapport à la liberté politique, alors que les peuples d'Asie sont des gens soumis.) La Liberté Politique dépend des conditions géographiques, politiques d'un Etat.

Pour lui les pays germaniques sont peuplés de gens qui n'ont aucun rapport avec l'Etat. Pour eux l'Etat n'existe pas. Le citoyen n'a aucune existence ; pour eux ce qui compte c'est une liberté totale, absolue (je peux tout dire vis à vis d'un Etat qui n'existe pas).

Chez les Grecs la Liberté Politique est celle du citoyen avec un philosophe-roi qui permet cette affirmation d'une certaine Liberté Politique tandis que chez les germains il y a une absence totale de liberté Politique puisque c'est une liberté individuelle indépendante de l'Etat, puisque celui-ci n'existe pas. Le seul lien qui relie un barbare avec sa terre, son suzerain, c'est un lien de féodalité mais pas forcément un lien de stricte liberté politique.

 

Depuis la féodalité la liberté politique a changé de nature. La féodalité est fondée sur un lien très fort entre les sujets et le suzerain. Le suzerain est là pour sauvegarder, protéger son sujet de toute attaque, de toute interférence avec ce qui lui nuirait profondément. C'est à partir de la destruction du lien de féodalité que l'individu se trouve dans un rapport de Liberté Politique dont il ne peut pas disposer.

Il ne sait pas quoi en faire et ce système est rétabli ensuite par la Révolution dans un système monarchique apolitique qui lutte contre le concept de Liberté Politique.

On montre à l'heure actuelle que la féodalité est un système politique , économique et social qui est infiniment plus solidaire qu'on a bien voulu le dire et qui permet davantage l'expression d'une certaine liberté politique.

Cette idée se retrouve jusqu'à de Gaulle qui avait bien étudié cette période. Pour lui la monarchie correspondant à la période féodale est seule valable (et pas la monarchie absolutiste de Louis XIV qui a confisqué tous les pouvoirs intermédiaires).

Il écrit" Je suis un monarchiste. La république n'est pas le régime qu'il faut à la France".

De Gaulle se méfiait des partis et des institutions parce qu'il leur reprochait un individualisme conquérant. On comprend pourquoi la Liberté Politique est définie dans la féodalité comme chez de Gaulle comme une expression de son propre sentiment vis à vis de l'Etat, mais étant garantie par l'Etat. Contrairement à ce qu'on pense, la féodalité assure une cohésion sociale, économique, politique qui permet une certaine expression de la Liberté Politique entendue non pas comme l'expression totale de ses désirs mais comme l'affirmation d'un lien entre le pouvoir et l'individu et une certaine reconnaissance d'une autonomie vis à vis du pouvoir.

Cette Liberté Politique prend corps chez Socrate .[D2] 

Pour Socrate, à travers Platon)[D3]  « Puisque sont philosophes ceux qui peuvent atteindre à la connaissance des immuables, tandis que ceux qui le peuvent, mais errent  dans la multiplicité des objets changeants ne sont pas philosophes, lesquels faut-il prendre pour chefs de la Cité ? » (Platon , La République Livre 6)

 

Le Philosophe, entendu comme capable d'administrer la cité, garantit la Liberté Politique aux citoyens qui l'ont choisi comme tel. Le Philosophe se place au-dessus du temps, au-dessus des contingences matérielles; c'est ce qu'il appelle le Philosophe-Roi. Il est là pour assurer la stabilité de l'Etat dans le temps et l'espace, pour garantir au citoyen, c'est à dire à l'homme libre, celui qui parle grec, une Liberté Politique, l'affirmation de pouvoir défendre la cité. On a là une conception du corps politique totale, globale dans l'ordre du citoyen mais pas dans l'ordre des autres: femmes, esclaves, enfants, animaux. Socrate, le père de la philosophie moderne, pense d'une manière qui nous est étrangère mais conçoit un système politique où seuls les citoyens libres sont aptes à avoir une Liberté Politique et à l'affirmer. Les autres n'ont aucune capacité à défendre les libertés politiques quelles qu'elles soient.

Selon Socrate, la Liberté Politique pour un Grec, c'est savoir parler grec. La pratique de la langue est un outil fondamental pour exercer la Liberté politique.

Est-ce que quelqu'un qui ne possède pas la langue française peut exercer sa Liberté politique dans notre pays? On ne peut pas communiquer quoi que ce soit à des gens qui ne reçoivent pas le message, et inversement. La Liberté Politique présuppose l'utilisation et la maîtrise d'un langage.

 

Chez Aristote[D4]  c'est totalement différent et à 50 ans près la conception de Liberté Politique change du tout au tout. Pour lui, affirmer la Liberté Politique c'est adhérer au corps politique de l'Etat dans son ensemble. Il écrit:" De là cette conception évidente que l'Etat est un fait de nature, que naturellement l'homme est un être social. La parole est faite pour exprimer le bien et le mal, le juste et l'injuste. Et l'homme a ceci de spécial parmi tous les animaux, que seul il conçoit le bien et le mal, le juste et l'injuste et tous les sentiments du même ordre qui en s'associant constituent la famille et l'Etat."

Cela veut dire que non seulement selon Platon (Socrate) il faut maitriser le langage, c'est absolument indispensable, mais il faut en plus appartenir au corps de l'Etat. Mais ce ne sont pas seulement les citoyens au sens de Platon. Le corps de l'Etat c'est tout simplement les êtres de même nature qui appartiennent socialement à un ensemble géographique, politique, économique et social. Rappelons qu’ Aristote a été l'équivalent d'un Premier Ministre et a administré l'Etat grec pendant quelque temps.

Donc chez Platon (Socrate) parler grec. Chez Aristote parler grec et philosophie:" Je dois prendre conscience que je dois faire partie du corps politique qui m'est supérieur". C'est un corps qui est ce qu'on appelle en philosophie politique une " transcendance" c'est à dire qui nous dépasse. Et là, on assiste à un mouvement extraordinaire d'amplification qui se clôt avec St Augustin mais qui passe par Marc Aurèle.

 

Avec Marc Aurèle [D5] on a une idée fondamentale: c'est que je suis capable d'exprimer une Liberté politique c'est à dire ce que je ressens au fond de moi-même, en tant qu'individu face à l'Etat, face à la Nation, face au pouvoir, parce que je suis un être de raison. Je suis un être rationnel.

Je suis chez Platon ( Socrate) celui qui parle grec, chez Aristote je suis celui qui parle grec et qui appartient à l'Etat, et chez Marc Aurèle, je suis celui qui parle grec, qui appartient à l'Etat et qui est un être doué de raison.

Pour Marc Aurèle nous sommes guidés par cette raison qui nous prescrit ce qu'il faut faire ou non. La loi aussi nous est commune, mais comme concitoyens nous faisons partie d'un même corps politique .

Ceci admis, le monde est comme une Cité, c'est à dire puisque je suis un être de raison, puisque l'homme est celui qui, par lui-même, définit par sa présence la totalité du monde, le monde est lui-même une Cité dans laquelle je vais pouvoir exprimer selon des circonstances particulières, le fait que je peux affirmer une certaine Liberté Politique.

Tout cela est clos par cette idée d'un homme qui parle grec, qui appartient au corps politique; ce corps politique est extensible à l'Etat, cet Etat est extensible à une Cité, cette Cité est extensible à l'univers tout entier.

 

 Et c'est la célèbre thèse de St Augustin[D6]  dans " La Cité de Dieu". Il fait vraiment une différence de fond entre la Cité de Dieu et la Cité des hommes. La Cité de Dieu est pour nous une Cité transcendante qui est un modèle et la Cité des hommes est celle avec laquelle j'ai affaire concrètement

Il écrit magnifiquement la chose suivante:" Deux amours ont donc bâti deux Cités. L'amour de soi-même jusqu'au mépris de Dieu, celle de la terre. Et l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi-même, celle du ciel. L'une, la première, se glorifie en soi, et l'autre dans le Seigneur. L'une brigue la gloire des hommes et l'autre ne veut pour toute gloire que le témoignage de sa conscience. L'une marche la tête levée, toute bouffie d'orgueil; et l'autre dit à Dieu: vous êtes ma gloire et c'est vous qui me faites marcher la tête levée."

On a affaire à quelque chose de fondamental dans l'histoire des idées : c'est que je ne peux affirmer la Liberté Politique que dans une Cité des hommes qui est à l'image de Dieu, que cette Cité qui est à l'image de Dieu est imprégnée qu'on le veuille ou non du mal, imprégnée du péché originel , d'une faute et que la Liberté Politique ne peut s'exprimer en tant que conscience morale personnelle que par rapport à une pensée transcendante . C'est évidemment la Cité de Dieu qui est le modèle, la référence.

On est passé d'un " je parle grec donc je peux affirmer….." à une idée fondamentale qui est la référence à la transcendance de Dieu pour me permettre de dire quelque chose sur les rapports entre moi et le pouvoir. Je peux dire tout ce que je veux à propos de la Cité des hommes, mais ce que je dis l'est toujours en fonction de la Cité de Dieu qui est le modèle par excellence et par transcendance. On est au paroxysme d'une Liberté Politique qui est fondée sur un modèle qui est purement transcendant. A tort ou à raison, c'est une autre question.

 

 Evidemment il y a une rupture possible qui s'opère à la Renaissance parce que dans ces conditions là que n'est-il permis d'espérer dans cette Cité matérielle faite à l'image de Dieu et pour les hommes. C'est la thèse de Luther.[D7]  On était au paroxysme avec St Augustin et on va toucher aussi ici à une forme paroxystique assez curieuse. La thèse de Luther est de dire, et c'est assez redoutable: la Liberté Politique ne peut s'exprimer que dans l'ordre d'un chrétien qui s'est débarrassé de tout ce qui est encombrant, notamment de ce qui fait référence aux images, à l'Eucharistie . Dans ces conditions la Liberté Politique ne s'exprime que dans un rapport qui est conflictuel.

Cela veut dire que pour Luther, l'autorité temporelle est à l'image de l'autorité spirituelle (cela vient presque de St Augustin) et que ma Liberté Politique, mon rapport avec le pouvoir, va se déplacer de sa relation avec l'autorité spirituelle et intemporelle vers l'autorité temporelle et ses pouvoirs. Il écrit:" Dans une belle guerre, c'est œuvre d'amour que de tuer hardiment les ennemis, de piller et de brûler, et tout ce qui peut leur nuire jusqu'à ce qu'ils soient vaincus comme cela se fait dans toute guerre, sauf qu'il faut se garder de commettre des péchés, de violer des femmes". Cela veut dire que pour lui, la société civile et les Libertés Politiques qui en découlent peuvent tout se permettre s'il s'agit de rendre chrétien selon les normes de Luther tout homme qui vit dans l'Etat. D'où la possibilité d'une guerre civile et d'un affrontement physique avec toutes les conséquences que cela peut avoir , de l'inquisition à la St Barthélémy. On a entre St Augustin et Luther un retour vers l'autorité temporelle ( cf Luther " De l'autorité temporelle").

L'autorité temporelle est là pour permettre l'expression d'une Liberté Politique, mais celle-ci n'a de sens que si elle aide à la mise en place d'un monde plus chrétien que celui que l'on a . Le problème est:" plus chrétien par rapport à quoi?" c'est évidemment par rapport aux thèses de Luther affichées en 1519, c'est à dire un christianisme sans superstition, sans recours à l'image, sans Eucharistie.

Cette thèse a été relayée par Calvin[D8]  dans " L'institution de la religion chrétienne".

Donc:" Je parle grec à certains, je parle grec dans un Etat, je parle grec dans un Etat ou une Cité et maintenant je parle grec dans une Cité qui accorde la Liberté Politique à celui qui travaille à l'édification d'un vrai chrétien (chrétien réformé).

 

Mais il va y avoir une rupture c'est Machiavel[D9] . Machiavel va faire le découplage entre la morale et la politique c'est à dire:" La fin justifie les moyens".Pour lui cela veut dire que la Liberté Politique n'a de sens que si elle concourt à l'édification d'un Etat puissant et unifiant.

Dans les années 1515-1520 il est confronté à une Italie qui n'en est pas une (une soixantaine d'Etats plus les Etats pontificaux, plus les Français). Il y a donc une partition géographique et géostratégique et la thèse de Machiavel est de dire: il faut l'unification du territoire. Cette unification nécessite un certain nombre de moyens et la fin justifie ces moyens. S'il faut user de la violence usons-en, s'il faut user de procédés immoraux usons-en …. toutes les fois que cela concourt à l'unification d'un Etat qui soit pour le moins cohérent. La thèse de Machiavel considère donc que la Liberté Politique se fonde sur la reconnaissance d'un Etat fort, d'un Etat qui garantit les Libertés individuelles, mais pour lui les Libertés individuelles sont celles qui vont dans le sens de l'Etat. Ce sont celles qui concourent à l'édification de la Nation toute entière. Le Prince n'étant que la personne morale, politique qui dispense la Liberté Politique et l'accorde à chacun des citoyens en âge de la conquérir et de la faire vivre. C'est une vision relativement totalitaire de la Liberté Politique.

On remarque ainsi que depuis St Augustin on est dans une rupture. La Cité de Dieu n'est plus le modèle. Elle a ses limites. Avec  Luther c'est le chrétien tel que moi, Luther je l'ai défini, c'est à dire un chrétien purifié de l'ensemble de ce qui a été ajouté. On est donc très temporalisé. Et avec Machiavel, on est très sécularisé: Le citoyen qui affirme sa Liberté Politique l'affirme dans le sens de l'Etat (dans le sens du Prince). Le Prince étant celui qui dispense la Liberté politique.

 

Le mouvement s'est donc inversé et tout ceci trouve son aboutissement chez Hobbes[D10]  puisque chez lui le statut de la violence, de la , trouve sa place dans la construction même de la société civile. Et dans cette construction la Liberté Politique a complètement disparu . C'est que chez Hobbes l'homme est naturellement mauvais (c’est la thèse inverse de celle de Rousseau). Et face à un homme qui est un loup pour l'homme il faut un pouvoir fort qui soit obligé de le contraindre à abandonner la totalité de ses libertés. Chez Hobbes, la force fait droit et la Liberté Politique est comprimée; elle est oppressée au sens fort du terme jusqu'à l'aboutissement final c'est à dire jusqu'à sa disparition même. Hobbes écrit dans le " Léviathan" :" Cette guerre de tous contre tous a une autre conséquence (elle rappelle que l'homme est naturellement mauvais; il faut donc un pouvoir fort qui le contraigne à plier sous la puissance d'un Etat). Cette autre conséquence est que rien ne peut être injuste. Les notions de légitime et d'illégitime, de justice et d'injustice n'ont pas ici leur place. Là, où il n'est pas de pouvoir commun, il n'est pas de loi. Là où il n'est pas de loi, il n'est pas d'injustice."

Concrètement parlant c'est la force qui fait le droit, c'est la force qui fait force de loi. C'est le seul moyen que j'ai, dit Hobbes, de contrecarrer les passions individuelles et la nature mauvaise de l'homme. Il faut rappeler que Hobbes vit à une période où la guerre civile règne en Angleterre (15 000 morts par an pour des raisons économiques et religieuses).

Seule la force d'un Etat (il l'appelle le Léviathan, monstre à plusieurs têtes et à plusieurs bras) doit contraindre les hommes à s'unir pour un contrat et abandonner leur liberté et notamment leur Liberté Politique. Il n'y a pas d'opposition à l'Etat.

Mais cela va changer avec John Locke[D11] .

 

John Locke reprend et modifie la thèse de Hobbes parce que la situation politique s'améliore et Locke dit qu'il n'est pas question que le pouvoir soit totalement fort et qu'il écrase la Liberté Politique et les libertés individuelles. Il faut simplement que le pouvoir politique soit fondé sur un contrat et l'on a pour la première fois dans la pensée occidentale l'idée d'un contrat.

On est ainsi passé d'un " parle-t-il grec" à " parle-t-il grec- la Cité de Dieu est le modèle de la Cité des hommes, la liberté politique étant déterminée par cette Cité de Dieu " à l'idée qu'il faut passer maintenant un contrat entre l'Etat et moi.

Quel ce contrat chez Locke? C'est l'idée que l'Etat peut faire comprendre à l'individu qu'il a tout à fait raison d'abandonner une certaine partie de sa liberté, les passions par exemple, pour en acquérir d'autres qui sont des libertés infiniment supérieures. C'est ce qu'on appelle un calcul d'intérêt. Pour la première fois apparaît l'idée que je peux abandonner ma liberté personnelle au profit d'une liberté civile qui lui est bien supérieure. Locke dit que ma liberté personnelle est soumise à mes passions, à mes désirs, à ce que je ressens, à la seule simple réalisation de ce que je ressens de manière quasiment animale. Locke ajoute: cela ne sert à rien; par contre si vous abandonnez tout cela au profit d'une liberté supérieure, garantie par l'Etat qui va nous apporter la liberté politique, là vous aurez intérêt à laisser tomber vos passions, à confier les responsabilités à l'Etat et à vous assumer dans la liberté civile, tout cela dans la forme d'un contrat. Si par hasard, vous sentez à un moment que l'Etat est trop fort, trop puissant, c'est à dire qu'il menace vos libertés, les libertés politiques pour lesquelles vous vous êtes battus en abandonnant vos passions, si vous sentez que l'Etat vous menace, vous avez le droit et la légitimité de vous révolter contre l'Etat. Vous avez le droit d'utiliser les armes et d'user d'une violence parfaitement légitime. Vous pouvez vous attaquer à l'Etat. C'est à cause de ce principe là que les Américains sont armés. Parce que si l'Etat était trop puissant, il faut que les citoyens aient la possibilité de se rebeller. Il y a donc la possibilité constitutionnelle de s'armer pour se défendre contre un Etat trop fort. C'est dans la culture américaine et cela remonte au 18e siècle. Je peux donc si l'Etat devient trop fort, affirmer mon autonomie vis à vis de l'Etat et donc affirmer ma Liberté politique.

Voilà ce qu'écrit John Locke (c’est la constitution américaine) :" Il n'y a de société politique que là et là seulement où chacun des membres a abandonné son pouvoir naturel et ses passions et l'a remis entre les mains de la communauté pour tous les cas où l'on n'est pas empêché de faire appel , pour sa protection, à la loi que celle-ci aura établie". C'est l'abandon d'une partie de soi-même au profit d'une liberté supérieure et d'un calcul d'intérêt où j'ai tout à gagner. Abandonner mes passions et vivre dans la liberté.

 

Rousseau[D12]  pousse à son terme le contrat qui a été lancé. Il dit qu'il y a l'autonomie de la volonté générale et donc l'affirmation d'une liberté politique et d'une liberté individuelle jusqu'à un certain point. Il faut trouver une sorte d'association qui dépende des progrès et de la force commune des personnes et des biens de chaque associé, et chacun s'unissant à tous reste aussi libre qu'auparavant.

Pour Rousseau la question de la Liberté Politique est posée par la possibilité du contrat entre moi et l'Etat. Je reprends le texte de Locke dit Rousseau c'est à dire j'abandonne une partie de mes passions, je construis une société politique civile et une liberté civile sous la forme d'un contrat, et chacun se trouve, à partir de ce moment là, dépendant , uni en communauté avec l'ensemble de tous les membres de la société. Et dit Rousseau,( c'est une phrase énigmatique) il faut qu'il n'y ait aucune défection. Parce que s'il y a la moindre défection, le contrat tout entier est invalidé et n'a pas de sens. Il dit aussi:" Il s'agit de forcer un individu à être libre". C'est à dire qu'il faut montrer que la force du contrat d'association est beaucoup plus grande que celle du simple repli sur soi, sur ses propres passions et sur sa propre nature humaine. La différence entre Hobbes, Locke et Rousseau c'est que pour ces deux derniers l'homme est naturellement bon. Mais ce n'est chez Rousseau qu'une simple hypothèse. Nous sommes avec Rousseau dans la possibilité du contrat qui permet une liberté politique. Et chez Rousseau, Montesquieu et Voltaire ce contrat trouve la place qu'on lui connaît aujourd'hui. Le pouvoir résulte d’un contrat passé entre un individu et l'Etat. Entre le pouvoir et moi-même il faut nécessairement des contre-pouvoirs, c'est à dire des pouvoirs intermédiaires. Le problème de la Liberté Politique est de savoir comment exprimer cette liberté à travers ces contre-pouvoirs.

 

Montesquieu[D13]  dénoncera la confiscation des pouvoirs intermédiaires par Louis XIV et il dira qu'en tant que citoyen capable d'exprimer une certaine Liberté Politique il ne peut plus le faire parce que le lien entre lui et le pouvoir absolu est maintenant direct.

On est passé de la féodalité qui pouvait encore affirmer auparavant une certaine liberté politique dans un cadre social de solidarité économique et politique, à la monarchie absolue qui nie la liberté individuelle de chacun.

Montesquieu reproche à Louis XIV d'avoir, en confisquant les pouvoirs intermédiaires, rendu impossible une tradition de liberté politique par stratification. Puisque là on n'a pas une double circulation comme chez Rousseau pour le contrat entre l'Etat et moi, on a un rapport de force pur et dur entre cet Etat et moi.

 

Hegel,[D14]  le grand philosophe allemand, reprendra cette dernière idée et la portera à son paroxysme puisqu'il pense (on comprend mieux cette pensée après les applications historiques jusqu'en 1933) à un Etat extrêmement fort, extrêmement puissant, expression de la rationalité humaine. Il n'y a plus besoin de contrat, celui-ci n'existe plus chez Hegel. L'Etat est tout simplement l'expression de la rationalité humaine et notamment germanique. L'Etat est à la fois celui qui exprime la raison humaine et conserve l'ensemble des passions humaines. Il est un Etat total absolu. Il est la pire expression de la rationalité globale universelle. Tout ce qui est rationnel est réel et inversement. La rationalité humaine s'exprime dans trois phénomènes qui sont dans l'ordre: l'art, la religion et l'Etat. L'Etat est une expression absolue de la raison humaine. Pour lui il n'y a pas de Liberté politique au sens où nous l'entendons.

Il y a simplement l'expression de certaines passions, c'est à dire que dans un Etat qui est totalement absolu, totalement rationalisé, on trouve des individus qui sont l'expression de cette rationalité et qui sont l'expression à un moment donné de l'histoire du dépassement de la condition humaine. C'est pour cela que Hegel écrit:" Rien de grand dans le monde ne s'est accompli sans passion, rien de grand dans le monde qui ne soit le résultat d'un individu qui à un moment donné a transformé le monde au nom d'une raison qui le dépasse." Une telle thèse trouve un écho chez les marxistes et également dans le national-socialisme. Ceci est un outil conceptuel. Le national-socialisme relayé en outre par Nietzsche[D15]  avec l'idée d'un sur-homme sera alors en place dans le peuple allemand. Entre moi, qui suis un individu , et le progrès du monde, il n'y a qu'un pas à franchir: une passion qui éclaire le monde. Les simples raisons économiques, invoquées pour la montée du nazisme ne doivent pas faire oublier que le peuple allemand est préparé depuis 1830 (voire 1810-1820) à cette idée, que la passion est le reflet de la rationalité humaine. (On disait d'ailleurs à l'époque que Napoléon était la raison universelle à cheval.)

On a ici tous les ingrédients du national-socialisme: un Etat puissant, un homme qui gouverne au nom de ce qui est perçu comme un progrès, et l'idée que ce progrès il n'est que le peuple allemand qui puisse le réaliser. Ici la Liberté politique n'a plus aucun sens.

 

Hegel a été l'inspirateur de Marx[D16]  et paradoxalement des théories anarchistes qui s'opposent à un Etat fort en disant que concrètement parlant l'homme s'est défini par la réalisation de ses propres désirs et que toute forme de pouvoir est profondément contraire à l'homme ou à l'individu en tant que tel. Il faudra donc s’opposer, à dit Marx, s'opposer très fortement à toute sorte de pouvoir. Il reproche à Hegel sa théorie beaucoup trop abstraite, beaucoup trop idéaliste, beaucoup trop platonicienne, et Marx prétend avoir une position beaucoup plus forte sur le plan concret; c'est à dire que les rapports humains sont fondés sur la seule économie et le seul matérialisme et l'Etat auquel je dois m'opposer est un Etat qui sera par définition fort, puissant; et je m'opposerai d'une manière anarchique c'est à dire en utilisant même, s'il le faut, la violence sous toutes ses formes.

 

Pour conclure en retournant à la féodalité, en ce moment il y a un retour vers la monarchie comme si le lien monarchique et la féodalité étaient ce qui préserve le mieux la Liberté Politique. On a l'impression que dans la société actuelle notre Liberté Politique est bafouée, que l'Etat ne la garantit plus vraiment. Par exemple le droit au travail. Marx avait bien senti le problème, voici ce qu'il écrit dans le manifeste du Parti Communiste:" Tous les liens multicolores qui unissaient l'homme féodal à ses supérieurs naturels, la bourgeoisie les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autres liens entre l'homme et l'homme que le froid intérêt, que le dur argent comptant. Elle a noyé l'extase religieuse, l'enthousiasme chevaleresque, la sentimentalité du petit bourgeois dans les eaux glacées du calcul égoïste. La bourgeoisie n'existe qu'à condition de révolutionner constamment les instruments de travail, ce qui veut dire les modes de production et les rapports sociaux".

Tout se passe comme si instinctivement le sentiment de la Liberté Politique était perdu et on a en tout cas du mal à l'exprimer à l'heure actuelle. Les 3/4 des demandes qui parviennent aux députés sont des signes de rupture entre l'Etat et l'individu…." Je n'ai pas d'existence en tant que citoyen".

Un paradoxe dans la vraie féodalité, c'était que l'individu et le pouvoir se reconnaissaient mutuellement et ne pouvaient marcher l'un sans l'autre. L'Etat devrait retrouver ce contrat très particulier qui existait originellement entre lui et les citoyens, entre l'Etat transcendant et les citoyens subalternes. Est-ce que nous sommes capables d'avoir une indépendance vis à vis de l'Etat? Nous n'avons pas à l'heure actuelle l'affirmation de cette indépendance. Nous sommes à la fois quémandeurs auprès de l'Etat et bénéficiaires d'une Liberté Politique très partielle.

 

Conclusion: Généalogie du concept de Liberté Politique: à l'origine à Athènes, est libre politiquement celui qui parle grec; est libre politiquement celui qui copie la Cité de Dieu; est libre politiquement celui qui passe un contrat avec l'Etat; est libre politiquement celui qui n'est plus libre politiquement parce que l'Etat est devenu trop fort ( Hegel); est libre politiquement celui qui est assis entre deux chaises et qui appelle l'Etat quand il le faut et le rejette quand il n'en a plus besoin.

 

Réponses à diverses Questions:

 

Il y a un parallélisme entre ce qui se passe dans les pays islamistes et le concept de pouvoir fort mais avec un décalage historique. Alain[D17] , Lavelle[D18]  et Bergson[D19]  sont des penseurs qui accordent à l'individu une place importante dans sa relation au collectif.

 

Il faut signaler Emmanuel Mounier[D20]  et le personnalisme qui est un anti individualisme. En effet pour le personnalisme le salut vient de moi mais englobé dans le collectif. Ce penseur a exercé une grande influence sur de Gaulle. (Je ne peux m'accomplir en tant que personne que dans le collectif.)

Pour Mounier la Liberté Politique est en prise directe avec mon accomplissement dans l'ordre de l'Etat, de l'association, de la participation qui est selon de Gaulle la clé de voûte de la 5e République. Pour de Gaulle la décentralisation est une proximité entre les citoyens et l'Etat: elle rendrait le contrat plus facile. De Gaulle a dit " Je suis un républicain raté". Le gaullisme est un péguysme.

 

Il est urgent d'instituer un nouveau contrat entre les citoyens et l'Etat. Il faut redouter la montée des individualismes, des communautarismes. C'est le système politique qui sous- tend la Liberté Politique. Il n'y a pas de Liberté Politique en soi, c'est à dire dans l'absolu.

 

Actuellement on n'a pas de système de pensée global, on pense par petits morceaux.

 

Raymond Aron[D21]  a trouvé dans le marxisme un système de pensée. De Gaulle a été aussi influencé par Marx d'une certaine manière. Il y a chez Marx un système de pensée, de structures. L'abstention des hommes de la vie politique est la conséquence de l'absence de système.

 

Projet: Jean David propose de reprendre les différents concepts évoqués ce soir et de voir comment on peut les retrouver dans la vie politique actuelle.

Ex: Peut-on être citoyen sans parler la langue du pays? Peut-on être citoyen sans avoir le sens de l'Etat?

On pourra rechercher en outre les liaisons de ce projet avec les demandes de RDdD.

 [D1]HERODOTE  489-425 Premier historien de la Grèce et du monde occidental

 [D2]SOCRATE  469-399  n’est pas un philosophe parmi les autres. Il est le totem de la philosopkie occidentale

 [D3]428-438 Ona pu dire que toute l’histoire de la philosophie se résumait à une série de notes en bas de page  apposées à l’œuvre de Platon

 [D4] 385-322 Nul n’a marqué autant que lui la philosophie et la science des siècles suivants, jusqu’au nôtre inclusivement

 [D5]121-180 Empereur romain et philosophe

 [D6]359-430 Une œuvre imposante par la quantité et la profondeur de la pensée

 [D7]1483-1546

               Ayant conscience d'être l'instrument de Dieu, il se montrait incommode et ne se laissait guère manipuler. Il se livrait vis-à-vis de ses adversaires à des critiques acerbes et à des polémiques violentes, souvent même à des propos vulgaires. Mais, en même temps, il savait trouver les accents chaleureux qui consolent merveilleusement ;

 

 

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 [D8]1509-1564

               Calvin est un Français, un Latin. De sa race, il a la clarté, la logique, l'amour des grandes lignes. Son rôle sera de mettre en ordre les inspirations enthousiastes de ses prédécesseurs, un Luther, un Bucer, un Farel, d'en constituer un corps de doctrines,

 

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 [D9]1469-1527 Machiavel fait partie de ces hommes dont la renommée ultérieure a montré de façon récurrente qu'ils n'avaient pas apprécié correctement l'importance de ce qu'ils faisaient : ce qui l'a intéressé ne nous intéresse plus, et c'est dans l'ennui et le mauvais vouloir qu'il a écrit ce qui a fait de lui le père du machiavélisme.

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 [D10]1588-1679

               Thomas Hobbes appartient pratiquement à la génération de Descartes (il naît au moment où la Grande Armada menace l'Angleterre), mais sa longévité (il meurt à quatre-vingt-onze ans), la lenteur avec laquelle il élabore son œuvre laissent croire qu'il est venu après lui.

 

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 [D11]1632-1704 

  Dans le devenir des idées, certaines œuvres paraissent des jalons privilégiés et ont une portée qui leur donne le statut d'« événements ». L'Essai sur l'entendement humain du philosophe anglais John Locke est de celles-là. Paru en 1690, constamment réédité, l'Essai était devenu, dès 1692, l'ouvrage de base de l'enseignement philosophique au Trinity College de Dublin. Au siècle suivant, la philosophie des Lumières lui faisait un accueil enthousiaste. Selon Voltaire, « jamais il ne fut peut-être un esprit plus sage, plus méthodique, un logicien plus exact que Locke .

 

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 [D12]1712-1778

                Si l'homme occupe aujourd'hui une place centrale dans notre conception du monde, c'est en grande partie à Rousseau qu'on le doit. Ainsi que l'a dit Kant : « Rousseau est le Newton du monde moral. 

 

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 [D13]1689-1755

               Voilà une quête philosophique que Louis Althusser, après d'autres au siècle des Lumières, pouvait rapprocher de la révolution newtonienne. Elle a fait du monde moral l'empire de « lois-rapports ». Mais il faut aussi l'envisager comme une tentative d'intelligence de nos « aberrations » mêmes, qui infléchit en un sens nouveau la fonction critique. C'est l'expérience d'un homme que, comme beaucoup d'autres, ni le savoir qu'on lui a transmis ni les conformismes de son temps ne peuvent satisfaire,

 

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 [D14]1770-1831

               Comme l'avait noté à juste titre Maurice Merleau-Ponty, qui pourtant le critiquait et voulait innover : « Hegel est à l'origine de tout ce qui s'est fait de grand en philosophie depuis un siècle. » Encore pensait-il surtout aux prolongements positifs de l'hégélianisme. Nous estimons désormais que beaucoup de doctrines hostiles à l'hégélianisme n'auraient pu se former et se développer si elles n'avaient eu la chance de se comparer et de s'opposer à un tel adversaire.

 

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 [D15]

                                            Friedrich Nietzsche (1844-1900), écrivain et philosophe allemand. Penseur du nihilisme, de la volonté de puissance et de la transmutation de toutes les valeurs, il est aussi, selon Heidegger, celui qui achève la métaphysique occidentale.

 

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 [D16]Karl Marx (1818-1883), philosophe et économiste, théoricien du matérialisme dialectique, cofondateur de la Ire Internationale socialiste.

 

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 [D17]1868-1951

               La notoriété historique d'Alain a tenu à la connivence entre une frange émancipée de la société française et quelques-uns des thèmes majeurs de sa pensée : le pacifisme de Mars ou la Guerre jugée, le radicalisme (résistance dans l'obéissance) du citoyen - « contre les pouvoirs » parce qu'il est gardien des pouvoirs -, l'optimisme éthique dans la peinture de l'homme, le matérialisme méthodique des Entretiens au bord de la mer, l'interprétation humaniste de l'art et de la religion, etc© Encyclopædia Universalis 2004, tous droits réservés

 [D18]1883-1961    LAVELLE : Métaphysicien français.

 [D19]1850-1941 Pour Bergson ;

Personnalité et liberté sont en effet comme les deux faces d'une même réalité dont l'une met en valeur la continuité et l'autre l'imprévisibilité. Pour Bergson, l'acte libre ne résulte pas d'un choix indifférent ; il est, au contraire, l'acte le plus significatif : l'expression du moi tout entier. Pour autant, il n'obéit pas à un déterminisme rationnel ou affectif ; il se rattache à ses antécédents sans s'y réduire : dans les mêmes conditions, d'autres actions, non pas quelconques, mais cependant profondément différentes, auraient pu voir le jour : au sens le plus littéral, c'est une création de soi par soi. L'expérience du moi comme durée résout l'énigme de la liberté et révèle qu'elle est inséparable de la vie profonde de l'esprit.

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 [D20]1905-1950           Les uns voient en lui le modèle du chrétien « engagé », d'autres le précurseur d'une nouvelle civilisation, cependant qu'on reproche parfois au personnalisme - dont il se refusa à faire un système - de n'être pas une « philosophie », au sens rigoureux du mot, mais plutôt la synthèse généreuse des thèmes révolutionnaires non marxistes qui apparaissent dans les années trente.

 

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 [D21]1905-1983

Raymond Aron, éditorialiste au journal Combat. Au lendemain de la guerre, le «.professeur qui écrit dans les journaux.» était devenu un journaliste à part entière, tant l'attrait pour la «.drogue politique.» était forte (R. Aron Mémoires).

 

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Dernière modification : 25 mai 2006